Les acteurs de l’eau potable main dans la main face à la sécheresse

cinq hommes devant un bâtiment, ce sont les présidents des syndicats d'eau du territoire

« Nous vivons une situation inédite. Le Léguer n’a jamais été aussi bas depuis 1976. Il s’agit d’une sécheresse de niveau cinquantenal », pose Cédric Seureau, vice-président à LTC en charge de l’assainissement et de l’eau potable. C’est pour cette raison que les présidents des cinq structures qui gèrent l’eau potable sur le territoire de Lannion-Trégor Communauté se sont réunis ce matin avec leurs exploitants : le syndicat de Goas Koll – Traou Long, celui des Eaux du Jaudy, celui de Kerjaulez, celui des Sources de Kerloazec et LTC. « Nos réseaux sont interconnectés, nous souhaitons une vision globale sur la gestion de l’eau potable du territoire », poursuit Cédric Seureau. « En 1976, la sécheresse avait débuté dès le mois de mai. Même si on a plus de demande en eau aujourd’hui qu’à cette époque, cette interconnexion entre syndicats fait qu’on arrive à mieux gérer l’approvisionnement », souligne Michel Even, président du syndicat mixte des Eaux du Jaudy.

Eaux de surface et eaux souterraines

En effet, si la grande majorité de l’eau potable est puisée dans les rivières (Jaudy, Léguer…), le syndicat de Kerjaulez assure la production d’eau potable à partir de 10 forages en eaux souterraines. Il a été créé dans les années 70 pour secourir les syndicats en difficulté. « En temps normal, nous assurons 5 à 10 % de l’alimentation en eau potable sur le secteur Jaudy. On sera peut-être à 100 % dans les prochaines semaines si la situation se poursuit », avance Gilbert Le Briand, président du syndicat de Kerjaulez. Car en effet, le niveau du Jaudy est critique, sur le point de ne plus pouvoir prélever d’eau, un débit minimum étant réservé pour la vie biologique de la rivière.

Outre le manque de pluie, les canicules provoquent d’énormes volumes d’évaporation sur les secteurs de rivière sans ombre. C’est particulièrement visible sur les réserves d’eau des barrages (au Gouët à Saint-Brieuc, par exemple), mais aussi sur les cours d’eau et les petits affluents. Le retour à la fraicheur et à la pluie ne va pas faire gonfler les rivières mais limite déjà cette évaporation, et cela se voit sur le débit du Léguer, remonté de 430 L/s au 14 août à 500 L/s le 17 août.

Anciens forages : ressources potentielles

Alors en attendant la pluie et la baisse de la demande en eau potable avec la fin de la saison estivale, les acteurs de l’eau se préparent à prendre des décisions le cas échéant. En attendant, pour préparer demain, des chantiers sont l’ores et déjà lancés : travailler sur les fuites sur les réseaux, stocker l’eau de pluie dans toutes les communes, travailler à l’infiltration de l’eau de pluie là où elle tombe pour alimenter les nappes, étudier les anciens forages aujourd’hui fermés pour éventuellement les rouvrir (22 points de captage fermés sur LTC)… « Et poursuivre notre travail d’interconnexion, nous avons besoin du secours ponctuel des uns ou des autres », insiste Michel Even. Gilbert Le Briand poursuit par un autre point important : « Quand le forage ou le puits d’un industriel ou d’un agriculteur est épuisé, ce dernier bascule sur le réseau public, c’est normal. Mais il est important de prévenir le syndicat concerné : en effet, nous voyons la consommation augmenter significativement et nous pouvons penser qu’il s’agit d’une fuite sur le réseau ! ».

La sortie de crise n’est pas encore pour demain, même si aucune décision de baisse de pression ou de coupure n’est à l’ordre du jour pour l’instant. « Pour sortir de la crise, il faut que les débits remontent au-dessus de 600 L/s sur au moins la moitié du département pendant 7 jours consécutifs », annonce Cédric Seureau.

Sur la photo : Alain Luco, président du syndicat mixte des Sources de Kerloazec, Cédric Seureau, vice-président LTC pour l’eau et l’assainissement, Gilbert Le Briand, président du syndicat mixte de Kerjaulez, Michel Even, président du syndicat mixte des Eaux du Jaudy et Jean-Yves Le Corre, président du syndicat mixte de Goas Koll – Traou Long.