Je n’ai nul désir d’ouvrir la bouche que puis-je chanter ?
Objet de la haine de mon temps que puis-je chanter ?
Plus de miel mais du poison sur mes lèvres que puis-je
chanter ?
Maudit soit le poing du tyran sur ma bouche fracassée
Nul en ce monde ne partage ma peine, nul que je puisse
embrasser
Que sert de rire ou parler, de vivre ou pleurer ?
Captive dans une cage sans joie sans espoir et sans
désir
À quoi bon être née pour se faire bâillonner ?
Oui, ô mon cœur, voici le printemps et son cortège de
plaisirs
Mais qui a les ailes attachées, comment pourrait-il
voler ?
Je me suis longtemps tue, mais n’ai pas oublié l’art
de chanter
Mon cœur tout ce temps tout bas a fredonné
Un jour heureux, je le sais, je vais mes barreaux
briser
Fuir cette solitude et ivre de joie chanter
Je ne suis pas tremblant dans le vent chétif peuplier
Je suis fille d’Afghanistan née pour son triste chant
exhaler ,
Nâdiâ Anjuman
Afghanistan PEN ,یدود لگ
Kaboul, 2005 Souviens-toi de l’envol, anthologie établie par Franck Merger et Niloufar Sadighi, traductions du persan par Franck Merger et Niloufar Sadighi, maelstrÖm reEvolution, Bruxelles, 2023