Agir concrètement pour réduire les émissions de gaz à effet de serre
La loi Climat et Résilience de 2021 fixe un objectif de réduction de 40 % des gaz à effet de serre d’ici 2030, visant à lutter contre le dérèglement climatique. C’est dans ce contexte, auquel s’ajoute une crise énergétique d’ampleur en 2022, que la collectivité prend part à la transition énergétique.
Gestion énergétique des bâtiments
On sait que le bâtiment est le second secteur émetteur de gaz à effet de serre (GES) après les mobilités. Rénover et isoler les bâtiments est devenu indispensable pour réduire les émissions comme les dépenses. C’est tout l’objet du Schéma Directeur Immobilier (SDI), défini dès 2015 à Lannion dans l’objectif d’une gestion raisonnée du patrimoine immobilier de la Ville. « Ce SDI a été mis à jour en 2021, en y incluant un volet énergétique », rappelle Sébastien Niez, responsable du service bâtiments. Il identifie les bâtiments les plus énergivores et donne les grandes lignes des travaux à lancer dans les prochaines années.
La Ville est donc entrée de plain-pied dans la transition énergétique, avec plusieurs bonnes raisons concomitantes :
– S’engager dans la transition écologique en réduisant ses consommations d’énergie et ses émissions de GES.
– Réduire ses dépenses économiques, indispensable pour boucler le budget municipal.
– Répondre aux obligations réglementaires, qui accompagnent les collectivités dans leurs transitions énergétique et écologique.
Trois leviers complémentaires
C’est en combinant trois leviers complémentaires que la Ville entame sa transition énergétique : la sobriété, l’efficacité, et le remplacement des énergies fossiles par des énergies renouvelables. « C’est le scénario Négawatt, qui actionne ces trois leviers pour tendre vers la neutralité carbone », rappelle Florent Boudin, responsable de la cellule énergie à la Ville.
Sobriété
Réduire les consommations d’énergie, cela commence par la sobriété. C’est-à-dire éliminer toutes les consommations superflues : pas besoin d’eau chaude pour se laver les mains dans les sanitaires, réduire la température des douches de 60 à 55 °C, réduire les périodes d’allumage de l’éclairage public là où c’est possible, couper le chauffage dans les bâtiments inutilisés pendant les vacances de Noël, réduire la période de chauffe dans les autres et baisser la température à 19°C… Ces actions ont été mises en place dès octobre 2022, quand un plan de sobriété énergétique a été décidé en conseil municipal face à l’urgence de la flambée des coûts. Ces mesures ont perduré depuis et sont toujours d’actualité en 2025.
La sobriété concerne aussi la gestion globale du patrimoine immobilier de la Ville : rationaliser les usages des bâtiments, optimiser leur occupation, c’est l’objectif premier du Schéma Directeur Immobilier (SDI) lancé en 2015. « Un bâtiment vétuste et utilisé deux fois dans la semaine, est-ce utile de le conserver, d’engager des coût des rénovation ? C’est une réflexion qui est menée sur le long terme. Depuis 2015, une dizaine de bâtiments ont ainsi été déconstruits, cédés ou désaffectés », explique Sébastien Niez.
Sans compter que nombre de ces bâtiments sont soumis au Décret Tertiaire, qui impose de réduire fortement la consommation énergétique du parc tertiaire. La mise en conformité avec ce décret impose donc des mesures de sobriété et d’efficacité énergétiques, à réfléchir au regard de l’utilisation des bâtiments et des coûts à engager. Une équation pas toujours facile à résoudre…
Efficacité
L’efficacité énergétique, cela consiste à réduire les consommations énergétique tout en continuant à offrir le même service. C’est faire plus, ou au moins équivalent, en consommant moins d’énergie. Le plus souvent, il s’agit de remplacer des équipements vétustes ou peu adaptés par des équipements plus performants.
L’éclairage des bâtiments
Finis les néons qui ont une portée d’éclairage à 100 mètres, inutiles dans un bureau et désormais interdits. Les anciens éclairages des bureaux et équipements (Espace Sainte-Anne, écoles, gymnase de l’IUT…) sont progressivement remplacés au profit de leds plus performantes.
L’éclairage public
Le renouvellement des 700 boules d’éclairages du centre-ville (interdites depuis janvier 2025) est en cours et planifié. Une soixantaine seront remplacées début 2026 par des éclairages led intégrés dans des lanternes de style ancien (c’est déjà le cas rue Ernest Renan, venelle des 3 avocats, place du Marchallac’h…). Le remplacement est étudié au cas par cas, « c’est l’occasion de revoir et d’optimiser le maillage d’éclairage du centre-ville », commente Sébastien Niez. Les armoires électriques du centre-ville sont peu à peu équipées d’horloges connectées pour une meilleure gestion de l’éclairage public : les changements d’horaires, fréquents en période estivale, seront automatisés ou programmables à distance.
La Gestion Technique des Bâtiments
Dans la même idée, c’est l’ensemble des bâtiments municipaux qui, peu à peu, est équipé pour une gestion technique simplifiée et à distance. « Une seule interface numérique nous permet d’avoir accès au pilotage de l’ensemble des bâtiments. Chauffage, ventilation, éclairages, éventuellement alarmes ou sondes : selon ce qui a été configuré, nous pouvons piloter ces équipements à distance », explique Florent Boudin, qui supervise le déploiement de cette technologie avec Maxime Lissillour, automaticien, et en lien avec les services informatique et de maintenance.
Rénover les bâtiments
La rénovation thermique des bâtiments est le premier levier pour réduire la consommation d’énergie. Mais c’est aussi le plus onéreux et le plus difficile à mettre en place, notamment quand il faut déménager les usagers le temps du chantier. Les écoles font chaque année l’objet de travaux de rénovation sur la période estivale. Des travaux ponctuels permettent aussi d’améliorer les bâtiments municipaux. Des chantiers de plus grande envergure sont aussi envisagés : à l’hôtel de ville, une étude de programmation est en cours pour une rénovation globale de l’édifice (charpente et couverture, réseaux, isolation, menuiseries dans les étages).
Maîtrise des dépenses énergétiques
Toutes ces actions de sobriété et d’efficacité énergétiques, mises bout à bout, permettent de faire baisser assez nettement les consommations d’énergie. Par contre, les dépenses, elles, n’amorcent qu’une toute petite baisse de 2 % en 5 ans. « Le prix de l’énergie, notamment gaz et électricité, a tellement augmenté depuis 2019 (avant de baisser de nouveau) que sans ces économies de consommations, les dépenses se seraient envolées », souligne Sébastien Niez.
L’Imagerie : une rénovation thermique exemplaire La rénovation de l’ancien Hôtel de Tonquédec est un chantier d’envergure. Changement des portes et fenêtres (chêne, double-vitrage), enduits à la chaux sur les murs anciens, ventilation, isolation en fibre de bois : la partie ancienne est rénovée avec l’objectif d’obtenir le label BBC Effinergie Rénovation, qui valorise les rénovations permettant de baisser les consommations énergétiques et les émissions de GES. « Ce chantier deviendra une référence en matière de rénovation thermique pour un confort l’été comme l’hiver, avec une grande partie de matériaux biosourcés », soutiennent Sébastien Niez et Florent Boudin.
Les énergies renouvelables
Dernier levier pour réduire les émissions de GES : le remplacement d’équipements utilisant une énergie fossile par des équipements utilisant des énergies renouvelables. Et aussi, produire son énergie, notamment via le solaire photovoltaïque.
Le solaire photovoltaïque
Plusieurs projets photovoltaïques sont en cours ou à l’étude. Le premier concerne la toiture de l’école Savidan, pour une installation de 12 kWc. L’électricité produite sera auto-consommée par l’école et L’Imagerie, à hauteur d’environ 30 % des besoins. Un autre projet est à l’étude sur la tribune du stade René Guillou, avec une réfection neuve de la toiture et de la charpente afin d’y installer des panneaux pour une production de 100 kWc en auto-consommation par plusieurs bâtiments communaux alentour.
Le bois
Le gaz représente 43 % des consommations énergétiques de la Ville, essentiellement pour le chauffage des bâtiments. Il représente pourtant 59 % des émissions de GES de la Ville. Remplacer les anciennes chaudières à gaz est donc un levier important pour la transition énergétique.
En 2025, la chaudière de la mairie a été remplacée par une chaudière à granulés de bois. « S’agissant d’un bâtiment ancien, non isolé, il n’y avait pas trop d’autre solution pour un chauffage plus performant », indique Florent Boudin.
Au Rusquet, une chaufferie à granulés de bois permettra de chauffer la maison de quartier et le groupe scolaire. Les quatre chaudières à gaz seront remplacées par deux chaudières centralisées et un réseau technique. La mise en service est prévue pour septembre 2026.
Enfin, un vaste projet de chaufferie à bois déchiqueté (plaquettes) est à l’étude, porté par Lannion-Trégor Communauté sur l’initiative de la Ville. Elle alimenterait par un réseau de chaleur plusieurs bâtiments de différents propriétaires : le lycée Le Dantec, Ti Dour, la maison des sports, la salle des Ursulines, les écoles Morand et Savidan, L’Imagerie, le lycée et le collège St Jo-Bossuet et l’école Jeanne d’Arc. En 2026, un maître d’œuvre sera chargé de chiffrer précisément le projet puis, le cas échéant, de lancer le chantier.
La géothermie
À l’Espace Sainte-Anne, une étude faisabilité est en cours pour remplacer la chaufferie gaz par une chaufferie géothermique. Il s’agit de capter la chaleur du sous-sol pour la redistribuer dans les bâtiments. « On va chercher les calories dans le granite à l’aide de sondes dont l’emplacement est très contraint », indique Florent Boudin. Un forage évaluera la composition du sous-sol. « Selon la typologie du sous-sol, on captera plus ou moins de calories. Ce test déterminera le nombre de sondes nécessaires et donc la possibilité ou non de mener le projet à bien », résume l’énergéticien.
En 2030, 43 % de consommations d’énergie en moins
Ces projets sur les énergies renouvelables permettraient à la Ville d’atteindre rapidement les objectifs nationaux fixés pour 2030 (38 % de chaleur renouvelable et 40 % d’électricité renouvelable). « Dès 2030, si l’ensemble des projets d’énergie renouvelable sont menés, la baisse sur les consommations d’énergie atteindra -43 % par rapport à 2019 », prévoit Sébastien Niez.