Là où l’esprit est sans crainte et où la tête est
haut portée ;
Là où la connaissance est libre ;
Là où le monde n’a pas été morcelé entre
d’étroites parois mitoyennes ;
Là où les mots émanent des profondeurs de la
sincérité ;
Là où l’effort infatigué tend les bras vers la
perfection ;
Là où le clair courant de la raison ne s’est pas
mortellement égaré dans l’aride et morne désert de la
coutume ;
Là où l’esprit guidé par toi s’avance dans
l’élargissement continu de la pensée et de l’action –
Dans ce paradis de liberté, mon Père, permets
que ma patrie s’éveille.
Rabindranath Tagore
XXXV » (1910), in L’Offrande lyrique, traduction de l’anglais par André Gide, Nouvelle Revue française, Paris, 1917